Maillots du Tour de France : jaune, vert, pois, blanc et records
Par Maëlle Castagné · · 12 min de lecture
Le Tour de France distingue quatre classements par un maillot : le jaune pour le leader du classement général au temps, porté depuis 1919, le vert pour le classement par points (1953), le blanc à pois rouges pour le meilleur grimpeur (1975) et le blanc pour le meilleur jeune de 25 ans au plus (1975). Un dossard distinctif, rouge pendant vingt-cinq ans et doré depuis 2023, signale en plus le coureur le plus combatif de la veille. Voici comment se gagnent les maillots du Tour de France, qui les porte en cas de cumul, et les records arrêtés à l’issue de l’édition 2026.
L’essentiel
- Maillot jaune : premier du classement général, obtenu en additionnant les temps de toutes les étapes, bonifications et pénalités comprises. Premier porteur : Eugène Christophe, le 19 juillet 1919 à Grenoble.
- Maillot vert : leader du classement par points, distribués à l’arrivée des étapes et au sprint intermédiaire. En 2026, 70 points au vainqueur d’une étape sans difficulté.
- Maillot à pois : meilleur grimpeur, selon les points marqués au sommet des côtes classées, de 20 points (hors catégorie) à 1 point (4e catégorie) pour le premier.
- Maillot blanc : meilleur jeune au classement général, réservé en 2026 aux coureurs nés à partir du 1er janvier 2001.
- Cumul : un coureur ne porte qu’un maillot, dans l’ordre jaune, vert, pois, blanc. Le maillot laissé libre revient au suivant du classement concerné.
- Records à l’issue du Tour 2026 : 5 victoires finales (Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain, Pogačar), 96 jours en jaune pour Eddy Merckx, 7 maillots verts pour Peter Sagan, 7 maillots à pois pour Richard Virenque.
Quels sont les différents maillots du Tour de France ?
Chaque fin d’étape, le même rituel se répète sur le podium protocolaire : le vainqueur du jour, puis les leaders des classements, appelés un à un pour enfiler une tunique neuve devant les photographes. Au bord de la route, ces couleurs servent de boussole : dans un peloton de plus de cent soixante-dix coureurs qui défile en quelques secondes, c’est ce que l’œil accroche en premier.
Quatre maillots, donc, pour quatre classements tenus en parallèle pendant trois semaines, plus un dossard réservé à l’esprit offensif. Le règlement de l’épreuve, publié chaque année par l’organisateur, Amaury Sport Organisation (ASO), en fixe les détails, et la page des maillots du Tour sur le site officiel en rappelle le principe.
| Maillot | Ce qu’il récompense | Depuis |
|---|---|---|
| Jaune | Classement général au temps | 1919 |
| Vert | Classement par points | 1953 |
| Blanc à pois rouges | Meilleur grimpeur | Classement en 1933, maillot en 1975 |
| Blanc | Meilleur jeune (25 ans au plus) | 1975 |
| Dossard de la combativité | Coureur le plus combatif de l’étape | Prix créé en 1952 |
Le Tour de France Femmes, relancé en 2022, reprend les mêmes couleurs.
L’organisateur a résumé les quatre maillots distinctifs dans une vidéo pédagogique de deux minutes et demie, réalisée pour le Tour 2022.

Pourquoi le maillot jaune est-il jaune ?
Grenoble, 19 juillet 1919. À l’angle du boulevard Gambetta et de la rue Béranger, Eugène Christophe, que l’on surnomme « le Vieux Gaulois », reçoit un maillot jaune avant de repartir vers Genève pour la onzième étape. C’est le premier de l’histoire. Le Tour renaît après quatre années d’interruption dues à la guerre, et son directeur, Henri Desgrange, veut rendre le leader visible sur des routes où le public ne voit passer la course qu’une fois, et très vite.
La couleur est le plus souvent rattachée au papier jaune de L’Auto, le quotidien qui organisait l’épreuve. D’autres récits prêtent l’idée au journaliste Géo Lefèvre ou à Alphonse Baugé, collaborateur de l’organisation, et le Belge Philippe Thys a toujours affirmé avoir porté un maillot jaune dès 1913. Faute de preuve décisive, la date retenue par l’organisateur reste 1919. Christophe, lui, ne gagnera pas ce Tour, remporté par le Belge Firmin Lambot. Mais le maillot est resté, et avec lui une façon de raconter la course : on ne dit plus qu’un coureur est premier du général, on dit qu’il « a pris le jaune ».

Comment se calcule le classement du maillot jaune ?
Par addition. Le classement général additionne les temps de chaque coureur sur les 21 étapes, retranche les bonifications et ajoute les pénalités. Le plus petit total porte le jaune le lendemain ; celui qui le détient après la dernière étape gagne le Tour. Nul besoin de lever les bras pour s’imposer : l’Américain Greg LeMond a remporté le Tour 1990 sans gagner d’étape.
Les bonifications pèsent plus qu’on ne le croit. En 2025 et en 2026, les trois premiers de chaque étape en ligne recevaient 10, 6 et 4 secondes, rien dans les contre-la-montre. En cas d’égalité, on réintègre les centièmes de seconde des contre-la-montre individuels, puis on additionne les places obtenues à chaque étape, puis on regarde la dernière étape courue. En 2009, les centièmes du contre-la-montre d’ouverture ont ainsi départagé Fabian Cancellara et Lance Armstrong, crédités du même temps pendant trois étapes.
Deux détails de protocole surprennent souvent. Personne ne porte le jaune au départ de la première étape, puisqu’aucun classement n’existe encore ; le tenant du titre se reconnaît au dossard numéro 1. Et quand un leader abandonne, son successeur refuse parfois de l’enfiler dès le lendemain, par respect : Eddy Merckx l’a fait en 1971 après la chute de Luis Ocaña dans la descente du col de Menté, Christopher Froome en 2015 après l’abandon de Tony Martin. La grille des prix 2026 dotait le vainqueur final de 500 000 euros, comme en 2016.
Comment gagner le maillot vert du Tour de France ?
En marquant des points, beaucoup et souvent. Le classement par points naît en 1953, pour le cinquantième anniversaire de l’épreuve. Son premier parrain, le magasin de confection À la Belle Jardinière, communiquait en vert : le maillot a gardé cette couleur, sauf en 1968, où un nouveau parrain l’a fait passer au rouge pour une seule édition. Le Suisse Fritz Schär en a été le premier lauréat.
Les points tombent à l’arrivée de chaque étape et au sprint intermédiaire, disputé une fois par étape en ligne. Le barème dépend du profil du jour, annoncé avant le départ. En 2026, ASO l’a remanié pour favoriser les sprinteurs purs : une étape « sans difficulté » rapporte désormais 70 points à son vainqueur, contre 50 en 2025.
| Barème 2026 du maillot vert | 1er | 2e | 3e | Classés |
|---|---|---|---|---|
| Étape sans difficulté | 70 | 50 | 40 | 18 |
| Étape légèrement accidentée | 50 | 30 | 20 | 15 |
| Étape très accidentée | 30 | 25 | 22 | 15 |
| Montagne, contre-la-montre individuel | 20 | 17 | 15 | 15 |
| Sprint intermédiaire | 25 | 20 | 16 | 15 |
Pour être classé, il faut rallier Paris, et un coureur repêché après être arrivé hors délais perd tous ses points. Le vert récompense ainsi la régularité autant que la vitesse : un sprinteur doit survivre à la montagne et rester présent les jours où il ne peut pas gagner. Le Slovaque Peter Sagan, capable de franchir les bosses puis de sprinter en tête, l’a remporté sept fois, un record, devant l’Allemand Erik Zabel, six fois lauréat de 1996 à 2001.
Pourquoi le maillot à pois est-il blanc à pois rouges ?
Le meilleur grimpeur a été reconnu bien avant d’être habillé. Le classement de la montagne apparaît en 1933, remporté par l’Espagnol Vicente Trueba, qui passait les sommets en tête mais, mauvais descendeur, n’en tirait aucun profit. Le maillot blanc à pois rouges n’arrive qu’en 1975, et le Belge Lucien Van Impe le ramène à Paris cette année-là. L’explication la plus répandue attribue le motif au chocolatier qui parrainait alors le classement. Une autre version, souvent citée, y voit un hommage de Félix Lévitan, qui dirigeait le Tour avec Jacques Goddet, au pistard Henri Lemoine, surnommé « P’tits Pois » pour sa tenue des années 1930.
Comment avoir le maillot à pois ?
En passant en tête au sommet des côtes et des cols classés. L’organisateur les répartit en cinq catégories, de la 4e, la plus facile, au « hors catégorie », apparu en 1979 pour les montées les plus dures. Il tient compte de la longueur, de la pente, de la place de la montée dans l’étape et de son histoire sur le Tour ; un même col peut donc changer de catégorie d’une édition à l’autre.
Le barème en vigueur depuis 2017 donne 20, 15, 12, 10, 8, 6, 4 et 2 points aux huit premiers d’un col hors catégorie ; 10, 8, 6, 4, 2 et 1 en 1re catégorie ; 5, 3, 2 et 1 en 2e ; 2 et 1 en 3e ; un point en 4e. Pendant plusieurs éditions, les points de certains sommets ont été doublés, ce qui a permis à des leaders du général de rafler aussi les pois : Tadej Pogačar l’a fait en 2020 et en 2021. Le doublement a été supprimé en 2022, rétabli sur quelques sommets, dont le col de la Loze en 2025, puis abandonné de nouveau en 2026.

Le Français Richard Virenque détient le record, avec sept maillots à pois, devant l’Espagnol Federico Bahamontes et Lucien Van Impe, six fois lauréats chacun.
C’est quoi le maillot blanc au Tour de France ?
C’est le maillot du meilleur jeune. Parmi les coureurs de 25 ans au plus dans l’année, il distingue le mieux placé au classement général ; en 2026, étaient concernés les coureurs nés à partir du 1er janvier 2001. Depuis 1997, ce classement porte le nom de « Souvenir Fabio Casartelli », en mémoire du coureur italien mort après une chute pendant le Tour 1995.
Son histoire est sinueuse. De 1968 à 1974, un maillot blanc récompensait le leader du classement combiné ; trop souvent attribué au maillot jaune, il a été remplacé en 1975 par le classement des jeunes, remporté par l’Italien Francesco Moser. Entre 1989 et 1999, le classement a survécu mais son leader ne portait plus de maillot, revenu dans le peloton en 2000. Le record appartient à Tadej Pogačar, lauréat de 2020 à 2023 ; en 2020, la veille de ses 22 ans, il est devenu le plus jeune vainqueur du classement et le premier à gagner la même année le jaune, les pois et le blanc.
Le dossard de la combativité, rouge puis doré
Ce n’est pas un maillot mais un numéro. Depuis 1952, un prix récompense à l’issue de chaque étape en ligne, hors contre-la-montre et dernière étape, le coureur jugé le plus généreux dans l’effort, souvent celui qui a animé l’échappée du jour. Un jury présidé par le directeur de l’épreuve, où siègent des journalistes et d’anciens coureurs, le désigne chaque soir.
Le lendemain, le lauréat court avec un dossard distinctif. De 1998 à 2022, il portait des chiffres blancs sur fond rouge, d’où l’expression « dossard rouge » que beaucoup emploient encore. Depuis 2023, il affiche des chiffres noirs sur fond doré, aux couleurs de son nouveau parrain ; à la télévision, il passe souvent pour gris. Après la dernière étape, le jury désigne aussi le « super-combatif » de tout le Tour, un prix créé en 1956 qu’Eddy Merckx a obtenu quatre fois.
Qui porte quel maillot quand un coureur en cumule plusieurs ?
Un coureur ne porte qu’un maillot à la fois. Quand il mène plusieurs classements, il endosse le plus important selon l’ordre fixé par le règlement : le jaune, puis le vert, puis les pois, enfin le blanc. Le maillot laissé libre est confié au coureur suivant dans le classement concerné, qui le porte « par procuration » sans devenir leader.
Le Tour 2020 en offre un cas d’école. Tadej Pogačar prend le jaune lors du contre-la-montre de l’avant-dernière étape, à La Planche des Belles Filles, et se retrouve en tête du général, de la montagne et du classement des jeunes. Vers les Champs-Élysées, il court en jaune ; les pois et le blanc passent sur les épaules des deuxièmes de ces classements. Sur le podium final, il reçoit pourtant les trois maillots, puisqu’il les a gagnés. Même logique au quotidien : un jeune coureur en jaune laisse le blanc au deuxième jeune du général, si bien que chaque couleur désigne sur la route un coureur différent.
Records des maillots du Tour de France : qui en a gagné le plus ?
Chiffres arrêtés à l’issue du Tour 2026, terminé le 26 juillet.
| Maillot | Record | Détenteur |
|---|---|---|
| Jaune, victoires finales | 5 | Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain, Tadej Pogačar |
| Jaune, jours portés | 96 jours | Eddy Merckx |
| Vert | 7 | Peter Sagan (2012 à 2016, 2018, 2019) |
| À pois | 7 | Richard Virenque (1994 à 1997, 1999, 2003, 2004) |
| Blanc | 4 | Tadej Pogačar (2020 à 2023) |
| Super-combatif | 4 | Eddy Merckx (1969, 1970, 1974, 1975) |
Pogačar a rejoint en 2026 le club des quintuples vainqueurs. Les sept victoires de Lance Armstrong, de 1999 à 2005, ont été retirées en 2012 pour dopage et n’ont été réattribuées à personne.

Les records ne disent pas tout. Thomas Voeckler a gardé le jaune dix jours en 2004 sans gagner le Tour : ce maillot se porte au jour le jour, et chaque journée compte.
Questions fréquentes
Quels sont les maillots du Tour de France ?
Il y en a quatre. Le jaune habille le leader du classement général au temps, le vert celui du classement par points, le blanc à pois rouges le meilleur grimpeur et le blanc le meilleur jeune, âgé de 25 ans au plus dans l’année. S’y ajoute un dossard distinctif, rouge de 1998 à 2022 et doré depuis 2023, porté par le coureur le plus combatif de l’étape précédente.
Qui a inventé le maillot jaune ?
L’initiative revient à Henri Desgrange, directeur du Tour et du journal L’Auto, dont le papier jaune aurait inspiré la couleur. Certains récits attribuent l’idée au journaliste Géo Lefèvre ou à Alphonse Baugé. Le premier maillot officiel a été remis à Eugène Christophe le 19 juillet 1919 à Grenoble, même si le Belge Philippe Thys affirmait en avoir porté un dès 1913.
Quelle est la signification du maillot à pois ?
Il désigne le meilleur grimpeur, c’est-à-dire le coureur qui a marqué le plus de points au sommet des côtes et cols classés, de la 4e catégorie au hors catégorie. Le classement existe depuis 1933, le maillot blanc à pois rouges depuis 1975. Son motif est souvent attribué au parrain de l’époque ; une autre version y voit un hommage au pistard Henri Lemoine.
C’est quoi le maillot blanc au Tour de France ?
C’est le maillot du meilleur jeune. Il revient au coureur le mieux placé au classement général parmi ceux qui ont 25 ans au plus dans l’année, soit, en 2026, les coureurs nés à partir du 1er janvier 2001. Créé en 1975, il n’a pas été porté entre 1989 et 1999. Tadej Pogačar détient le record avec quatre victoires, de 2020 à 2023.
Y a-t-il un maillot rose au Tour de France ?
Non. Le rose est la couleur du leader du Tour d’Italie depuis 1931, et le rouge celle du leader du Tour d’Espagne depuis 2010. Sur le Tour de France, comme sur le Tour de France Femmes, le leader du classement général porte le jaune. Le maillot vert a bien viré au rouge une fois, en 1968, avant de retrouver sa couleur l’année suivante.
Combien gagne le maillot jaune du Tour de France ?
La grille des prix 2026 attribuait 500 000 euros au vainqueur du classement général final, le même montant qu’en 2016. Une victoire d’étape rapportait 11 000 euros, et des prix étaient aussi prévus pour les sprints intermédiaires, les côtes classées, le meilleur jeune et le coureur le plus combatif de chaque étape.
Signé
Maëlle Castagné Rugby et cyclisme
Écrit sur le rugby et le cyclisme, deux sports de territoires. S’intéresse aux règles autant qu’aux histoires qu’elles fabriquent.